| Un tête-à-tête
inspirant avec le
Dr Alex Schwartzman
Ivy Brooker  Le Dr Schwartzman, au début de sa carrière
C'est quelque peu intimidée que je m'assoie pour interviewer Alex Schwartzman, membre éminent et bien connu du CRDH. Entré au département en 1972 et ayant cessé d'enseigner en 2004, ce professeur émérite distingué vient de voir sa dernière étudiante obtenir son doctorat. Comment engager la conversation avec un homme qui a sûrement été interviewé à maintes reprises au long de sa longue carrière ? Y a-t-il des questions qu'il n'a pas encore entendues ? Mais je suis rapidement rassurée par sa chaleur caractéristique, son calme et son sourire engageant.
Au début de l'entrevue, il me fait un tour d'horizon éloquent d'une recherche entreprise en 1976 avec une collègue de l'époque, Jane Ledingham. Le Projet longitudinal de Concordia sur le risque (Concordia Longitudinal Risk Project, CLRP), dont il fait toujours partie intégrante, est un des rares projets de la sorte qui suit, depuis tout ce temps, une cohorte d'enfants agressifs et renfermés tirée des quartiers populaires francophones de Montréal. Comme on le verra plus loin, le projet a évolué de bien des façons avec les années. Bien qu'on l'apercevra peut-être moins souvent sur le campus dans les années à venir, la présence de le Dr Schwartzman et sa sagesse resteront marquées à jamais dans ce projet, « car il reste tout plein de questions que j'ai mises sur le réchaud », admet-il.
Générations multiples, facteurs multiples, questions multiples, réponses multiples
Je suis un peu curieuse de savoir ce qu'il pouvait bien rester à explorer après tant d'années, mais la réponse ne tarde pas. Le Dr Schwartzman commence en disant qu'au départ le projet portait sur les facteurs de risque de la schizophrénie, mais il est devenu évident que tout un éventail de psychopathologies étaient aussi liées aux facteurs psychosociaux mesurés au départ. De nouveaux champs d'étude sont donc venus se greffer petit à petit. Ensuite, le CLRP, qui a débuté en ne suivant qu'une cohorte dans le temps, couvre maintenant le transfert de risque sur trois générations (G1, G2 et G3, en parlant, dans l'ordre, des parents de l'échantillon initial, des participants d'origine eux-mêmes et de leurs enfants). Le projet suit actuellement les enfants de la génération de départ en termes de fonctionnement adapté et inadapté. Ce volet est particulièrement intéressant, car les participants de cette troisième génération sont du même âge que lorsque leurs parents ont été choisis, ce qui offre une occasion unique de voir les similarités et les différences sur le plan de l'adaptation entre les deux générations.
Le Dr Schwartzman reconnaît également que de « profonds changements sociétaux » sont survenus depuis lors, notamment en matière de santé, d'éducation obligatoire et de décroissement de la taille des familles. Il espère trouver quelles répercussions ces changements environnementaux ont eues sur le bien-être. De plus, il a bien l'intention de retourner à la question d'origine et de voir les assises possibles des facteurs de risque (c'est-à-dire l'agressivité et l'isolement social). Il travaille actuellement sur la défavorisation du voisinage (à partir de données de Statistiques Canada) et sur divers comportements et styles de vie inadaptés. On parle ici plus particulièrement de santé physique et mentale, d'emploi, de compétence, de liens d'affiliation, de parentalité, de stress et de soutien social qui sont analysés en vrac par une approche orientée sur les processus pour mesurer à quel point ils contribuent à ces facteurs de risque. |